Le DANPALON, une place unique au Zenith de Limoges |
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AO : A quelle occasion la conception du Zénith de Limoges vous a-t-elle été confiée ?
BT : Comme tous les architectes, je participe à des concours - et, en l’occurrence, à celui organisé par la Communauté d’agglomération de Limoges, en vue de la réalisation du Zénith de la ville du même nom, que j’ai remporté. Mais il me faut revenir quelques années en arrière, et évoquer un autre concours, auquel j’ai également participé, et qui avait trait à la réalisation du Zénith de Rouen. Il est important d’évoquer conjointement ces deux Zéniths car ils sont tout à la fois très proches, et très différents. Très proches de part le concept convoqué, de part leur organisation interne ; très différents quant à leur situation géographique - et, conséquemment, quant aux décisions relatives aux choix de leurs matériaux. Il ne s’agit là nullement d’un « accident », et nous allons tenter de comprendre quel a été mon état d’esprit à l’occasion de leur conception. L’intérêt que j’ai retiré de la participation à ces deux concours, c’est de pouvoir, à travers l’usage de certains matériaux, donner une âme, une certaine « couleur », à un concept architectural défini « en amont ».
AO: Avez-vous, lors de la phase de conception du Zénith de Limoges, envisagé l’éventualité de ce que le polycarbonate de la façade, et les arcs en bois de la structure de cette dernière, puissent donner lieu à un mariage « contre-nature » ? Après tout, ces matériaux sont fort dissemblables, tout à la fois quant à leur capacité structurelle et leur aspect plastique… BT: Votre question est tout à fait pertinente. Et figurez-vous que cette question, nous nous la sommes posés également, mais durant le chantier, et non durant la phase de conception.
AO: Je voudrais évoquer avec vous un phénomène très étrange auquel j’ai été personnellement confronté lorsque que je suis arrivé sur le site : le soleil venait buter sur la façade, et une ligne argentée très éblouissante courrait horizontalement sur toute la façade, à la manière d’un cercle qu’on aurait pu imaginer en aluminium. Ce fut pour moi une expérience esthétique assurément déconcertante…
Ces effets, je tiens à le préciser, ce ne sont pas des effets pervers, ce sont des effets magiques. Mais que nous avons découvert à l’occasion du chantier, et dont nous avons bien évidemment tiré partie. J’ai encore en mémoire cet essai d’éclairage auquel nous avions procédé une nuit de décembre, en plein hiver. La présence de la neige a conféré aux plaques de polycarbonate une couleur métallique qui, un court moment, m’a fait croire que je me trouvais devant le Zénith de Rouen !
BT : Je suis loin d’être étonné, car cette idée m’est également venue à l’esprit. Il n’y a rien d’étonnant à cela. Et ce pour une raison très simple, c’est que les architectes pensent de plus en plus leurs façades comme des couches successives, à la manière d’un feuilleté, et ce de façon à jouer sur la lumière, l’apparence plastique du bâti. Je me bats d’ailleurs depuis quelques années aux Etats-Unis pour que ce matériau puisse « pénétrer » le marché américain. Les choses avancent lentement, mais je ne désespère pas qu’un jour, l’usage de ce matériau apparaisse naturel aux maîtres d’ouvrage comme aux maîtres d’œuvre locaux. Je viens d’achever une tour à New York – la tour dite « bleue » -, et j’ai tenté avec ardeur de convaincre le maître d’ouvrage de me laisser utiliser du polycarbonate DANPALON pour les façades, mais mes efforts, malheureusement, se sont révélés vains. Je suis actuellement sur le point de réaliser un musée dans la banlieue de Washington, et je fais tout mon possible pour pouvoir utiliser de l’Everlite.
AO : A vous entendre, ce matériau semble doté de qualités qui ne vous laissent pas indifférent… BT : Ce matériau me fascine. Littéralement. Sur le plan de l’isolation thermique, il présente des qualités pour le moins intéressantes. Il est par ailleurs léger, facile à poser, susceptible de franchir de grandes portées, et, surtout, nouveau, donc digne d’intérêt.
AO : Pour conclure, abordons la question des modalités de la pose du DANPALON… BT : Pour répondre à votre question, il me faut tout d’abord évoquer la présence, en façade, de joints verticaux et horizontaux. L’usage de joints verticaux s’explique par le fait que les SYSTEMES DANPALON viennent s’apposer sur les faces externes des arcs de la façade, et, aussi, par la flexibilité de ces plaques qui atteignent une hauteur de près de onze mètres ! Pour ce qui regarde le joint horizontal, il se situe à un endroit que j’ai envie de définir comme stratégique. Vous connaissez mon intérêt pour les questions de théorie, et avec la conception des Zéniths, j’ai pu procéder à l’annihilation de la distinction entre toiture et façade, et accoucher du concept d’ « enveloppe ». Et c’est là que l’Everlite est formidable car il peut remplir ces deux fonctions ! Le problème, c’est que la législation ne suit pas. Elle exige un chéneau à l’acrotère. Mais où diable peut bien se trouver l’acrotère dans un bâtiment où façade et toiture se confondent ? La législation nous imposant la présence, à mi-hauteur, et selon un certain angle, d’un chéneau, nous en avons profité pour apposer un joint horizontal, d’ordre tout à la fois technique et pratique, entre la plaque inférieure et la plaque supérieure du polycarbonate. De façon plus générale, la structure de l’enveloppe extérieure se compose d’arc en bois déployés tous les 5,50m. Entre ces arcs se déploie également une sous-structure, en bois elle-aussi, composée tout à la fois d’arcs verticaux et de membrures horizontales qui se positionnent tous les 1,80m, à la manière d’une échelle, et dont les profils ont été calculés en fonction des efforts générés par le vent sur les plaques de polycarbonate. Ces plaques ont une épaisseur de 60 millimètres, et une largeur de 1,04m.
Informations complémentaires : Bernard Tschumi est un architecte français d’origine suisse né en 1944. Il travaille tout à la fois à Paris et à New York, où il dirige le département « architecture » de la Columbia University. En 1983, il remporte le concours pour la réalisation du Parc de La Villette à Paris, ce qui lui vaut une renommée internationale immédiate. Dans la foulée de ce prestigieux concours, il réalise l’école d’architecture de Marne-la-Vallée et le Fresnoy, sis à Tourcoing. Il compte désormais à son actif la conception d’un nombre important de bâtiments, comme l’école d’architecture de Miami ou le musée de l’Acropole à Athènes. Il a, en novembre 2003, remporté le concours pour la réalisation du Zénith de Limoges.
Programme Salle de spectacle de grande capacité (6000 spectateurs) avec jauge modulable comprenant : un foyer avec bars et salle de réception ; des locaux professionnels d’administration et de production avec loges, deux caterings pour la restauration et une salle d’échauffement ; un parking de 1500 places éclairé par 5 ballons lumineux également utilisés pour la signalétique du site.
Maîtrise d’ouvrage Communauté d’Agglomération de Limoges
Maîtrise d’œuvre Bernard Tschumi Urbanistes Architectes (conception/réalisation : Bernard Tschumi, Véronique Descharrières)
Equipe de maîtrise d’œuvre Architecte d’opération associé : Atelier 4 ; Bureau d’études : Technip TPS ; Scénographe : Scène ; Accousticien : Cial ; Paysage : Michel Desvigne avec Sol Paysage ; Consultants façades : Hugh Dutton Associés ; Economiste : Bureau Michel Forgue ; Ingénieur HQE : Michel Raoust ; Typographie signalétique : Benoît Santiard.
Date d’inauguration 8 mars 2007
Concert inaugural Michel Polnareff (17 mars 2007)
Coût 27,5 millions d’euros
Données principales Surface du terrain : 6 ha ; Surfaces construites : 8500 m2 ; Dimensions du bâtiment : 90 m de diamètre ; Hauteur : 22 mètres ; Surface du parking : 4 ha ; Volume de béton utilisé : 4400 m3 ; Poids de la toiture : 80 tonnes ; Surface de l’enveloppe extérieure en polycarbonate : 3200 m2 ; Surcharges scénographiques : 32 tonnes ; Terrassement : 34 000 m3 ; Volume du mélange terre/pierre du parking : 20 000 m3.
Matériaux Enceinte de la salle : béton ; Toiture : métal ; Enveloppe extérieure : bois et polycarbonate alvéolaire avec connecteurs en polycarbonate ; Revêtement de l’enceinte de la salle : résille en bois accoustique ; Sols intérieurs : béton auto-lissant ; Sols extérieurs : mélange terre-pierre pour sols engazonnés et sol stabilisé en bi-couche pour le parvis.
Etapes principales Lancement du concours international : novembre 2003 ; Etude de maîtrise d’œuvre : novembre 2003 – Janvier 2005 ; Permis de construire : septembre 2004 ; Désignation des entreprises : mars 2005 ; Démarrage des travaux : mai 2005 ; Fin du gros œuvre : juillet 2006 ; Pose de la charpente métallique : juin 2006 ; Fin du chantier : décembre 2006.
Photos : Bernard Tschumi Urbanistes Architectes
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Ce rapport a été défini tout à la fois par le choix d’une structure en bois – je veux parler de ces grands arcs qui constituent l’armature de la peau extérieure -, et par l’usage d’un matériau – en l’occurrence le DANPALON – qui nous permet de « jouer » avec la lumière, de « jouer » sur des effets de transparence. Cette transparence n’est pas une transparence littérale car le polycarbonate ne fait finalement que « filtrer » la lumière, mais d’ô combien étrange façon ! Le jour, lorsqu’on se promène dans le déambulatoire, la lumière changeante extérieure génère une succession de reflets absolument incroyables, très signifiants esthétiquement parlant. De nuit, c’est tout le contraire qui se produit. C’est la lumière artificielle du bâtiment qui scintille, telle une lanterne magique. L’idée, finalement, c’était de démontrer qu’un concept, matérialisé par l’usage de deux matériaux différents, est lui-même sujet à transformation dans la perception ou l’affect que l’on peut avoir des édifices réalisés sur la base de ce même concept. Je crois pouvoir dire que nous sommes parvenus à nos fins car les deux bâtiments, outre leurs indéniables qualités plastiques, ont leur « réalité » propre, sont totalement différents.